Ce n'est pas la tempête qui a changé

Depuis la naissance de Santiago, il y a quelques semaines, nous sommes quatre à la maison. Les nuits sont courtes, les systèmes nerveux souvent sous haute tension. Après la naissance de mon premier fils, Salvador, il y avait des moments vraiment difficiles. Mais là, je suis parfois surprise de réaliser que ça va plutôt vraiment bien.

Alors je me suis demandé ce qui avait changé depuis la naissance de Salva. Ce qui est sûr, c’est que notre quotidien est au moins aussi rock’n’roll qu’il y a quatre ans. 

Les nuits où je compte les heures de sommeil sur les doigts d’une main, où j’oscille entre pleurer de fatigue et pleurer d’amour pour ce bébé qui me fait fondre. Les moments où je change la couche et où je me prends le jet de pipi et de caca en même temps, avant que Santiago ne se mette à vomir simultanément par la bouche et par le nez.

Jo qui fait « la boum » au petit-déj pour calmer les pleurs à plein décibel de Santiago, avec Dua Lipa ou une autre diva de la pop qui me hérisse le poil (même si quand Jo m’explique que « Santi adore la musique pop », je peux pas me retenir de rire).

Des tas de projets en tête, presque aucun n’avance. L’écriture de ce texte a été interrompue des dizaines de fois… à peu près comme nos tentatives de rapports sexuels.

La maison est sans dessus dessous, on n’a pas assez de bras, la femme de ménage qui plante le jour-même.

Sans parler des fois où je n’ai pas fait caca depuis trois jours et je deviens vraiment aigrie (si vous me suivez, vous savez que mon transit est un sujet). Ou quand mes seins se mettent à fuir alors que je n’ai pas le temps de me doucher. 

Salva, garde du corps autoproclamé de son petit frère qu’il couvre de bisous, nous rend fous en transformant le salon en laboratoire de cascades dès 5h30 du matin.

Dans cette intensité, arrive souvent ce moment où je suis sur le point de péter une durite. Tout devient plus difficile à supporter. Je me sens tendue, irritée, voire agressée. Mon espace intérieur se rétrécit.

Quand Salvador était bébé, j’avais beau être aux anges d’être devenue maman, en bonne santé, amoureuse, passionnée par mon travail, il m’arrivait fréquemment de me laisser emporter par la tempête. Mon système nerveux partait plus facilement en vrille, et une dispute pouvait nous embarquer Jo et moi pendant plusieurs jours, transformant notre petit paradis en véritable enfer. 

Aujourd’hui, la tempête pointe toujours régulièrement son nez. Mais je repère plus tôt la tension qui monte en moi et j’arrive à redescendre beaucoup plus vite. 

Ce qui a changé, ce n’est pas la tempête. C’est ma manière de la traverser.

Bien sûr, on a quatre ans d’expérience de parentalité en plus. On a fait de la thérapie de couple. On se connaît mieux. À l’époque, on venait de s’installer dans un nouveau pays, avec tout ce que ça implique.

Mais je crois que le changement le plus important vient de ma connaissance de moi et de mon rapport à moi-même.

Grâce à l’IFS, j’ai appris à reconnaître les différentes parties de moi qui cherchent à me protéger. 

Ma partie J’accuse, qui pointe du doigt les fautifs : qui a laissé un rouleau de PQ vide ? Qui a mis ses pieds pleins de sable dans mon lit ? 

Ma partie Rouleau compresseur, qui me voit comme une loque incapable de produire quoi que ce soit d’autre que du lait (ça, j’en produis bien). 

Ma partie Drama Queen, qui voit tout s’effondrer dès que Salvador vide le coffre à jouets au milieu du salon.

Avant, j’étais davantage fusionnée avec ces parties. Leurs émotions prenaient toute la place, leurs pensées me semblaient être la vérité. Je n’avais pas de recul sur mes réactions et je ne voyais plus la situation qu’à travers elles.

Aujourd’hui, je réussis mieux à les voir, sans être complètement emportée. À retrouver de l’espace en moi.

Cet espace, c’est le Self, notre nature profonde, présente en chacun de nous, même quand nos parties sont en furie. Notre ciel bleu intérieur, toujours là, même quand les nuages noirs nous font oublier son existence.

On le reconnaît à huit qualités, les huit “C” du Self : le calme, la curiosité, la clarté, la compassion, la confiance, le courage, la créativité et le sentiment de connexion. Quand je ne les incarne pas, c’est le signe qu’une partie a pris le contrôle.

Lorsque je retourne au Self, je peux accueillir la partie de moi qui accuse ou qui panique avec davantage de douceur. Je peux écouter ce qu’elle ressent et même m’intéresser à elle sans forcément agir sous son impulsion. 

C’est ce qui change tout : au lieu de réagir automatiquement, je retrouve la liberté de choisir comment répondre.

Pour moi, cette expérience rejoint quelque chose de profondément spirituel : me souvenir de qui je suis au-delà des réactions qui me traversent.

REMEMBER. Revenir à ma nature profonde. Me souvenir de cet espace en moi, toujours là, même quand le bruit et l’agitation me font l’oublier. 

Au fil de mes propres méditations, j’ai reçu plusieurs fois la même guidance : « Souviens-toi. » Ces mots se sont imposés à moi, et j’ai eu envie de les transmettre à mon tour.

C’est ce que je vous propose avec Remember — Méditations pour revenir à ma Nature.

La première, Traverser la tempête, accompagne cette lettre. Je vous invite à l’écouter.